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Carnet de manif : Pourquoi je choisis de ne pas montrer les casseurs ce 9 octobre à Bruxelles

Carnet de manif : Pourquoi je choisis de ne pas montrer les casseurs ce 9 octobre à Bruxelles

De retour chez moi ce samedi, je me doutais que le constat serait sans appel : les mêmes images tourneraient en boucle. Des fumigènes, des vitrines brisées, des autopompes… Des violences policières ou des casseurs bien rodés à l’exercice.

Aujourd’hui, sur mon blog, je fais donc le choix délibéré de ne pas publier d’images de ce type : pas de casse ni de débordements.

Je ne nourrirai pas la bête. Mon point de vue de photographe se focalisera sur le positif, sur ce qui a fait l’essence même de cette manifestation, dans son immense majorité pacifique.

En effet, sur les kilomètres de cortège pacifique, joyeux et déterminé que j’ai arpentés, les casseurs ne représentaient qu’une part dérisoire des manifestants, à peine une centaine de personnes isolées à l’arrière du cortège. Mettre l’accent visuel sur ces incidents revient à déformer la réalité et à participer au sensationnalisme ambiant. Or, le spectacle de la violence capte l’attention et anesthésie le débat politique. Je pense qu’il est inopportun de réduire un mouvement citoyen à son versant le plus destructeur.

Ceci étant dit, soyons parfaitement clairs : je ne cautionne aucune forme de violence. Ni celle, absurde, des casseurs qui sabotent la lutte sociale, ni celle, parfois disproportionnée et aveugle, des forces de l’ordre à l’égard d’une population à bout, dont les policiers eux-mêmes font partie en tant que citoyens.

Témoigner d’une société en polarisation

Ce choix visuel est aussi une réponse au climat général, dans lequel nous observons au quotidien une radicalisation grandissante du débat public. Les espaces de dialogue s’amenuisent, la nuance s’efface au profit du choc visuel et de l’invective, et les positions se figent.

J’entendais hier que l’administration américaine envisageait de retransmettre en direct à la télévision ou sur Internet l’exécution par peloton d’exécution d’un condamné à mort. Un projet qui, s’il se concrétise, nous ramènerait à une époque où les exécutions publiques faisaient office de spectacle. Bientôt le retour des bûchers, des pendaisons et des guillotines sur les places publiques ?

En braquant mon objectif sur ce qui rassemble plutôt que sur ce qui détruit, je refuse donc d’alimenter ce cercle vicieux où seule la confrontation a droit de cité.

La poésie visuelle des slogans

L’un des aspects les plus percutants à photographier hier, c’était l’incroyable créativité des pancartes. La contestation s’y exprimait avec humour, avec culot, et souvent avec une pertinence redoutable.

Parmi les slogans que j’ai cadrés au fil de la marche :

  • « Des paillettes dans ma vie, pas des coûts dans la gueule !! »

  • « On n’est pas le problème, on est que le résultat de vos décisions »

  • « On veut un futur, pas une facture »

  • « Nos désirs font désordre »

  • « Chante ta rage »

  • « Je suce pour mon cursus, j’avale pour mon minerval : Glatignique mon avenir ! »

Derrière l’humour, parfois très cru, une même inquiétude revient : le prix des études, et celui d’un avenir qu’on présente déjà comme une facture.

Ces mots peints à la main racontent le vrai cœur de la journée. Ils témoignent aussi d’une forme d’artisanat et de bricolage à l’état pur, dans une société dominée par la technologie : des morceaux de carton, des feutres, de la peinture et de l’imagination pour faire passer des idées, interpeller et revendiquer.

L’angle mort de l’organisation : des blocs étanches

En tant qu’observateur de terrain, j’ai aussi été frappé par la composition de l’espace. Le cortège était découpé en blocs relativement hermétiques : d’abord les blocs syndicaux, très structurés, puis les collectifs citoyens et, enfin, rejeté tout à l’arrière, un ensemble informel de manifestants habillés de noir, sans pancartes, majoritairement pacifiques, mais au sein duquel se trouvaient également les casseurs.

Ce cloisonnement me pose question. Sans encadrement, sans présence rassurante ni ponts jetés vers cette jeunesse en marge tout au long du parcours, l’organisation laisse s’installer un vide qui peut favoriser les tensions et les débordements.

Donner à l’événement sa juste proportion

Ne pas montrer la violence n’est pas un déni de réalité, c’est un acte d’édition photographique responsable. C’est redonner à la casse la place minime qu’elle occupait réellement face à la dignité et à la force de la foule.

Dans mon rôle de photographe de reportage  découvrir mon portfolio de reportage , je ne souhaite pas relayer le vacarme, mais documenter ce qui fait corps, ce qui résiste, ce qui rassemble et ce qui fédère

 

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